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  • Vision de l’Église au concile Vatican II. - I. Les événements.

 Compte rendu du Cercle théologique de Vichy du lundi 3 mars 2008 -

1. Un incident dès l’ouverture du Concile. Le 11 octobre 1962 ouverture du concile : 2.400 évêques, leurs théologiens, les observateurs d’autres confessions chrétiennes, etc.... .

Le 13 octobre était prévue l’élection des commissions, avec des listes préparées par la Curie. Coup de théâtre : le cardinal Liénart  demande de surseoir au vote pour mieux se connaître; la séance est levée; le Pape (Jean XXIII) accorde 3 jours de délai. Voci le texte du schéma préparé par la Curie, et qui ne sera jamais utilisé par le concile:

“L’Église du Christ n’est pas une société égalitaire dans laquelle les fidèles jouiraient tous des mêmes droits;  c’est une société hiérarchisée, et cela non seulement du fait que parmi les fidèles les uns sont clercs et les autres laïcs, mais surtout parce qu’il y a dans l’Église un pouvoir divinement  institué, dont les uns ont été dotés pour sanctifier, enseigner, et gouverner, et que le autres ne possèdent pas.”

2. Dates.  1. 1-12-1962 : début de l’examen du schéma sur l’Église

            2. 10-1962 : nouvel examen

            3. 15 au 18-09-1963 : 6 premiers  chapitres  approuvés

            4. 19-11-1964 : vote de la constitution sur l’Église “Lumen gentium”

            5 1965 : dernière session du concile

3. Importance de la Constitution sur l’Église. Du livre de D.Moulinet sur le concile, ce passage:

Dès l'origine, le cardinal* Montini, futur Paul VI, avait compris que l'expression du mystère de l'Église était au centre des tâches du concile. C'est le but qu'il lui assigne nettement, une fois devenu pape et  il en fait l'objet de sa première encyclique*. C'est dire l'importance de la constitution dogmatique Lumen gentium qui, adoptée à la quasi-unanimité, apparaît comme la clef de voûte des textes conciliaires.

Qu'est-ce que l'Église dit d'elle-même? Quelle est sa nature? D'où vient-elle? Où va-t-elle? Telles sont les questions embrassées...

La constitution sur l'Église constitue le centre de gravité de plusieurs autres textes : les décrets relatifs aux évêques, aux prêtres, aux religieux, à l'apostolat des laïcs et à l'activité missionnaire de l'Église. Ils développent et appliquent à des domaines particuliers des orientations théologiques déjà présentes dans la constitution sur l'Église.

4. Le plan de cette constitution. Dans le schéma reproduit ci-dessus, préparé par la curie : d’abord le Pape, ensuite les évêques, puis les fidèles. La constitution  inverse cet ordre, tout en plaçant en tête un texte spirituel :

1. le mystère de l’Église (ch.1 à 8)

2. le peuple de Dieu (ch.9 à 17)

3. la constitution hiérarchique de l’Église, et spécialement l’épiscopat (ch.18 à 29)

4. les laïcs (ch.30 à 38)

5. un appel universel à la sainteté dans l’Église (ch.39 à 42)

6. les religieux (ch.43 à 47)

7. le caractère eschatologique de l’Église en marche, et son union avec l’Église du ciel (ch.48 à 51)

8. la bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église (ch.52 à 69)

Remarques : Sur 1. Au concile Vatican I, un Père avait proposé un texte sur le “corps mystique” du Christ, texte rejeté comme n’ayant rien à faire en théologie! Un écho de la coupure entre spiritualité et théologie en occident depuis le moyen-âge, contrairement à la tradition des Pères demeurée vivante dans les Églises orientales jusqu’aujourd’hui.

 Sur 8. Le courant conservateur du concile aurait voulu un texte particulier sur la Vierge; le concile refusa, et inséra ce n°8 ici (contre certaines déviances de la piété et de l’art - par ex. le trio “Jésus,Marie,Joseph”); il refusa aussi que l’on donne à Marie le titre de “médiatrice”, car selon Hébr., il n’y a  qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes.

5. La source : la Bible.

a. le mot  grec ecclésia  traduisait dans la septante l’hébreu qâhal, c’est-à-dire l’assemblée du peuple convoquée et rassemblée. La racine du mot grec, c’est “appeler”, et Paul en garde le souvenir en 1Cor.12 :

Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Sosthène le frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui invoquent en tout lieu le nom de Notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre ; à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

b. au 1er siècle, le mot est employé avant tout pour désigner la communauté locale des disciples de Jésus (Act.19 fois,1Th.11,Ph.415,Gal.12,Ro.16, et aussi 1Tim.35, Col.416, Apoc.14). Nous avons ainsi les Églises de Jérusalem, Antioche, Césarée, de Galatie, etc... . Remarquez les expressions: “Église de Dieu” (très fréquentes), Église du Christ (Ro.1616, Gal.122), Églises des saints (1Cor.1434).

c. sur la fin du 1er siècle, le terme au singulier arrive parfois à désigner l’ensemble des disciples de Jésus (Éph.523-32, Col.118,24).

d. dans les évangiles, seul Matthieu emploie le mot “Église”, en1817 (Église locale), et 1618 (Église universelle). Ce qui ne suffit pas à affirmer que Jésus a effectivement employé lui-même ce terme.

Note : un participant à notre réunion a posé une question: “pourquoi les communautés chrétiennes ont-elles préféré le mot ecclesia au terme employé par les juifs de synagogue ? - Réaction anti-pharisienne? (mais cela se comprendrait seulement après 70) - plus vraisemblablement, le choix d’ecclesia est comparable à la volonté de Jésus de s’entourer de 12 disciples, le nombre évoquant les 12 tribus d’Israël, et le terme leur réunion.

6. L’usage du mot “Église” chez les catholiques avant Vatican II. Témoignage personnel :

a. en général, seul demeure le sens c de l’Écriture. Cependant on parle d’ Églises séparées de Rome. La théologie enseignée couramment parle de l’Église comme d’une société parfaite, comparable à l’État, avec son organisation, son droit, ses lois, ses obligations, etc... . On distingue heureusement dans la catéchèse  l’ “Église militante, l’Église souffrante, l’Église triomphante”..., tradition oubliée aujourd’hui quand on place la Croix au fond du chœur, alors que sa place est à l’arc triomphal : de la vie de cette terre à la gloire par la mort.

b. l’Église est identifiée au Pape et  aux évêques. “Que pense l’Église de l’absolution collective?” me demandent encore bien des fidèles, et ils entendent par là l’enseignement du Pape, même s’ils ne sont pas d’accord! Il y avait l’Église enseignante, et l’Église enseignée. L’anticléricalisme suivait (et suit) ce chemin de pensée: l’Église, une organisation dangereuse. Avec étonnement, j’ai remarqué ce sens du mot Église dès les premières interventions de Jean-Paul II.

c. pour l’Église locale, on parle de diocèse (mot grec désignant un découpage administratif). Cependant certains diocèses ont gardé le mot Église : ainsi l’ordo parlait de l’insigne Église de Clermont , et le terme d’Église était d’un emploi courant à Lyon dans les années 50 : c’était l’Église d’Irénée (et non le diocèse!).

d. cependant les ouvrages de spiritualité dans le dernier siècle avaient souvent mis en lumière l’aspect mystique de l’Église, et j’ai cité Dom Marmion, R.Guardini, Zundel.

7. Un protestant a évoqué en notre réunion les mouvements de Réveil  du protestantisme aux 19è et 20è siècles, qui ont insisté sur l’aspect communautaire et mystique de l’Église locale, face au libéralisme et à la perspective d’Église nationale, qui menaçaient la foi elle-même; il y eut alors la redécouverte des Églises-maison des premiers siècles.


 

  • Vision de l’Église au concile Vatican II. - II. La réception.

Compte rendu du Cercle théologique de Vichy du 14 avril 2008

J’ai rappelé le rôle central de la Constitution sur l’Église pour l’ensemble des documents du Concile, et regroupé en 5 numéros les motions réformatrices sur la vie des communautés.

1. Réactivation de la notion d’Église locale, fondamentale dans l’Écriture comme nous l’avons vu la dernière fois, et si importante dans les Églises orientales.

- Ainsi “le plus grand nombre des fêtes de saints seront laissées à la célébration de chaque Église, nation ou famille religieuse” (n°111 p.195). Cependant ensuite Jean-Paul II a rétabli le culte de Catherine (supprimé car pas d’existence historique), et multiplié des ”fêtes” de saints (alors qu’habituellement il y a seulement une “mémoire”)... pensez aussi à Ste Faustine et au dimanche de la miséricorde...

- Notez aussi la réaffirmation de la valeur des autres rites de l’Église catholique (même si le Concile a voulu maintenir l’unité du rite romain).

2. Le sacerdoce des fidèles.

Cet enseignement qui avait disparu de la catéchèse élémentaire courante chez nous, a été fermement rappelé par le Concile (voir les textes cités au verso: les 2 premières lignes du n°10 p.29 sont fondamentales). J’ai rappelé aussi le texte accompagnant l’onction avec le St Chrême pour celui ou celle qui venait d’être baptisé : “N... tu es prêtre...” (mais c’était en latin!).

Le problème, c’est qu’en français, nous avons traduit par le même mot de “prêtre” deux mots différents du Nouveau Testament, comme l’atteste le tableau ci-dessous :

iereus                                                                          presbuteros

= hiérarque (hiérarchie)                                                 = ancien

le Christ (lettre aux hébreux)                                         les anciens des communautés juives

le peuple des baptisés (apocalypse)                              le mot “prêtre” en français

le baptisé (“tu es prêtre, prophète et roi”)            celui qui  préside une communauté

le sacerdoce (sacré)                                                                

La première colonne concerne une dignité, la deuxième une fonction. Une solution serait d’abandonner le mot “prêtre” pour  la fonction de président et de le remplacer, par exemple, par “pasteur”.

J’ai rappelé le mot de l’évêque Augustin : “chrétien avec vous, et c’est ma gloire,

                                                                       évêque pour vous, et c’est ma charge”.

            que je pourrais traduire en ce qui me concerne : “prêtre comme vous tous, et c’est ma gloire,

                                                                                     pasteur pour vous , et c’est ma charge!”

3. Les conseils.

Lisez au verso les trois derniers textes. Appelons cela le souci d’aménager l’Église avec des structures synodales. Ce fut une des préoccupations du Concile : création de conseils à tous les niveaux. Au niveau du Pape, synodes des  évêques; au niveau des nations, les conférences épiscopales; au niveau des diocèses, des synodes regroupant prêtres et laïcs; autour de l’évêque, et du curé conseils pastoraux et économiques. En fait, tous les conseils créés furent consultatifs, et non délibératifs. A tous les niveaux, il y a eu des couacs, les autorités romaines ayant peur des conférences épiscopales et des synodes diocésains, et les curés se méfiant de l’élection des conseils! Par exemple, les conférences épiscopales eurent l’interdiction pratique de prendre des positions doctrinales, et les synodes diocésains de s’occuper du statut des prêtres, et même d’émettre des vœux à ce sujet!

4. La doctrine de l’épiscopat.

La guerre franco-allemande de 1870 avait interrompu les travaux du concile Vatican I qui, après avoir défini l’infaillibilité du Pape en certaines circonstances, avait prévu de définir le rôle des évêques. Vatican II reprit le travail, et affirma 2 points fondamentaux : l’épiscopat est le 3è degré du sacrement de l’ordre (n°22 p.47: on ne parle plus du sacre d’un évêque, mais de son ordination!), et d’autre part tout évêque doit être attentif à  l’Église universelle, car il est le successeur des apôtres (c’est la “collégialité”, n°22-23 p.47-52).

Le concile lui-même avait donc prévu les synodes épiscopaux autour du Pape (n°5 p.354). En fait, ils se sont montrés largement déficients, la curie romaine tirant elle-même les conclusions qui apparaissent aux évêques comme partiales (témoignage du Père Barbarin par exemple). J’ai cité aussi la lettre du Père Simon, au  lendemain du dernier  Motu proprio: il n’avait le choix, dit-il, qu’entre la démission et l’obéissance; Paul, lui, secouait Pierre!

5. Les perspectives mystiques.

Récemment certains avaient voulu remplacer l’expression “Peuple de Dieu” (à résonnance démocratique!) par “Communion”. Pas sérieux! J’ai relevé quelques-uns des termes du concile qui indiquent que pour parler de l’Église les considérations purement sociétales sont insuffisantes. Deux titres et un sous-titre de chapitre:  Mystère de l’Église (n°1 à 8). - Peuple de Dieu (n°8 à 17). - Corps du Christ (n°7). De nombreuses images ou notions le plus souvent prises dans le Nouveau Testament : Sacrement du salut (n°1), Épouse du Christ (n°4), Famille de Dieu, Temple saint, Jérusalem d’en-haut, Mère (n°6), Communion (n°13), ....

Document : Textes du concile Vatican II

De la constitution sur l’Église.

n°10 p.29 - Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu'il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l'un à l'autre ; l'un et l'autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l'unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d'un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l'offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l'offrande de l'Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l'action de grâces, le témoignage d'une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective.

(L'exercice du sacerdoce commun dans les sacrements)

n°11 p.29 - Le caractère sacré et organique de la communauté sacerdotale entre en action par les sacrements et les vertus. Les fidèles incorporés à l'Église par le baptême ont reçu un caractère qui les délègue pour le culte religieux chrétien...

(Participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte)

n°34 p.70 - Voulant poursuivre également, par le moyen des laïcs, son témoignage et son service, le Christ Jésus, prêtre suprême et éternel, leur apporte la vie par son Esprit, et les pousse inlassablement a réaliser tout bien et toute perfection.

A ceux qu'il s’unit intimement dans sa vie et dans sa mission, il accorde, en outre, une part dans sa charge sacerdotale pour l'exercice du culte spirituel en vue de la glorification de Dieu et du salut des hommes. C'est pourquoi les laïcs reçoivent, en vertu de leur consécration au Christ et de l'onction de l'Esprit-Saint, la vocation admirable et les moyens qui permettent à l'Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants.

Du décret sur l’apostolat des laïcs.

n°26 p.527 - Au plan des diocèses il faudrait autant que possible qu'il y ait des conseils qui soutiennent le travail apostolique de l'Église tant sur le plan de l'évangélisation et de la sanctification que sur le plan caritatif, social et autre : les clercs et les religieux y collaboreront de manière appropriée avec les laïcs. Ces conseils pourront aider à la coordination mutuelle des diverses associations ou initiatives des laïcs en respectant la nature propre et l'autonomie de chacune.

Des conseils semblables, autant que faire se peut, devraient être constitués au plan paroissial, interparoissial, interdiocésain, voire même au plan national et international.

Du décret sur la charge pastorale  des évêques.

n°27 p.374-375 - Dans la curie diocésaine, la première fonction est celle de vicaire général. Mais chaque fois que le bon gouvernement du diocèse le demande, l'évêque peut constituer un ou plusieurs vicaires épiscopaux, c'est-à-dire qui jouissent de plein droit, dans une partie déterminée du diocèse, ou pour une catégorie spéciale d'affaires, ou relativement aux fidèles d'un rite déterminé, des pouvoirs que le droit commun accorde au vicaire général.

Il est tout à fait souhaitable que, dans chaque diocèse, soit établi un conseil pastoral particulier, présidé par l'évêque diocésain lui-même et auquel participent des clercs, des religieux et des laïcs spécialement choisis.

(Synodes et conciles particuliers)

n°36 p.385 - Dès les premiers siècles de l'Église, la communion de la charité fraternelle et le souci de la mission universelle confiée aux apôtres ont poussé les évêques, placés à la tête des églises particulières, à associer leurs forces et leurs volontés en vue de promouvoir le bien commun de l'ensemble des églises et de chacune d'elles. Pour cette raison, des synodes, des conciles provinciaux et enfin des conciles pléniers ont été constitués, où les évêques décrétèrent les normes identiques à observer dans les diverses églises pour l'enseignement des vérités de la foi et l'organisation de la discipline ecclésiastique.

Ce saint Concile œcuménique souhaite vivement que la vénérable institution des synodes et des conciles connaisse une nouvelle vigueur afin de pourvoir, selon les circonstances, de façon plus adaptée et plus efficace au progrès de la foi et au maintien de la discipline dans les diverses églises.

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